Jour de grève
Voilà, on peut dire ce que l'on veut et bien cela ne changera rien à l'affaire, j'ai vraiment les boules...Je suis aller le voir aux urgences du CHUV, il venait de sortir de son coma, il était un brin fiévreux, il faisait penser à un vieux cheval fourbu mais qui s'était tellement emballé qu'il n'arrivait plus à retrouver son calme... Bah, j'ai pensé, faut pas exagérer et je m'accrochais vraiment à cette idée stupide qu'il était vivant... comme si c'était suffisant dans la vie. Il m'a accroché le bras comme la vieille femme folle qui était à l'EMS et qui me faisait peur quand j'étais gamin et qu'on allait voir l'arrière-grand-mère maternelle, celle qui avait des pâtes d'amande dans le premier tiroir de la commode et qui nous faisait toujours croire que c'était un hasard si elles étaient là... Comme elle n'y voyait rien, elle nous demandait tout le temps de vérifier dans ce foutu tiroir et nous, mes frangines et moi, on en avaient rien à fiche parce que ce qui nous sidérait à ce moment-là, c'est qu'ils - l'équipe médicale - la faisaient pisser sur sa chaise.
- Dali est un grand homme! Et il s'y reprit plusieurs fois, il le répéta... presque sur un ton théâtral en roulant en tous sens ses grands yeux jaunes, là je me suis répété: il est vivant, il est vivant, c'est bien, mais je dois bien avouer qu'il y avait un brin d'inquiétude dans mes pensées à cet instant.
Plus tard, il nous raconta des histoire d'aéroports, à moins que ce ne fût d'astroports, je ne me rappelle pas tous les détails, enfin, il avait ses bagages...hein, sa petite valise et sa brosse à dent et il attendait un avion pour le paradis, c'est pas ce qu'il a dit mais c'est ce que j'ai compris et ça ressemblait quand même furieusement à un gars qui avait envie de se faire la belle... Et ces histoires de grèves permanentes qui l'ont empêché de partir, ça devait être en France parce qu'il y avait eu beaucoup de grèves qui l'avaient empêché de partir, merci la France et ses foutues grèves. Moi, à la fin, je ne comprenais plus rien, si il était toujours vivant grâce à la France ou grâce aux médecins... Et pourquoi Dali d'abord? Mystère, à part le fait que Dali avait l'air tout aussi agité du bocal que mon ami qui sortait des vapes.

J'ai apprécié les poèmes consacrés pour
la plupart à la femme et à la sensualité qu'elle éveille.
Il y a aussi la détresse du "petit poucet" au supermarché, une façon
originale de sortir de ces labyrinthes de grands bazars.
Il y a encore l'EMS et l'arrière-grand-mère, cruelle confrontation de la
jeunesse à l'élan victorieux avec l'extrême vieillesse inéluctablement
penchée vers la mort, la première repoussant de toutes ses forces
l'image de ce qu'elle sera un jour, et la seconde s'accrochant
désespérément à la fraîche image de sa jeunesse d'autrefois...
L. P. (écrivain)
Posté par L.P. — 21 Nov 2008, 15:05