Pourquoi?
Faut-il donc que parmi tant de questions sondant l’obscurité du monde ce soit toujours la plus simple, la plus enfantine, qui en éclaire le mieux les contours.
Et pourquoi devenons-nous si vieux à tenter d’y répondre ?
Faut-il donc que parmi tant de questions sondant l’obscurité du monde ce soit toujours la plus simple, la plus enfantine, qui en éclaire le mieux les contours.
Et pourquoi devenons-nous si vieux à tenter d’y répondre ?
Le gros avait des révélations à faire. A son air effrayé et à la sueur qui perlait de son front, on ne pouvait s'y tromper. Le souffle court, il est arrivé vers nous au petit trot, bredouillant des phrases incomplètes, sans sujet, sans verbe, grammaticalement incorrectes. Après que Fred, un collègue vendeur, lui a tapé dans le dos, il a réussi à nous dire,
- Les gars, ils ont viré une dizaine de vendeurs... Ils vont pas toucher au personnel administratif.
- Qui te l'a dit ? A fait Fred.
- Personne, c'est moi qui m'occupais du rétroprojecteur pendant la séance des cadres... Je les ai entendus.
Maintenant, il avait sorti un mouchoir en tissu, défraîchi, avec une grosse fleur brodée au milieu et il s'épongeait les tempes.
- C'est la catastrophe ont fait les autres en choeur.
C'est à ce moment que j'ai remarqué les grosses tâches de gras et les reste de moutarde sur le tire-jus et j'ai pas pu m'empêcher de penser que le drôle de poussah devait emballer son jambon beurre dedans pour le mettre dans sa poche. Ça m'a fait marrer.
Je me suis tout d'un coup senti observé par un tas de regards vides et consternés. Les collègues avaient l'air de compatir. Une phrase clignotait dans leurs yeux à tous comme une enseigne à néons : "le pauvre type a pété un plomb".
Un homme et une femme se sont embrassés sur ce banc, comme au premier jour. Ils n'avaient d'yeux l'un que pour l'autre.
Leur unique enfant, une petite fille, les accompagnait sur son tricycle. Quand ses parents se sont levés pour s'éloigner, enlacés comme deux Vishnous, elle a crié qu'ils l'attendent.
Ils ne l'entendaient pas. La petite a bien vite paniqué. Elle a abandonné là son jouet de métal pour courir derrière eux à perdre haleine...
L'espoir est un enfant perdu. C'est un carré de verdure au fond d'une impasse, une larme en fusion au bord du creuset, une fêlure profonde au cœur de la masse.
C'est fragile et ténu, pourtant, ça tient en respect la désolation.
Quand elle rentre du travail, le firmament brille comme un plafonnier de discothèque. La ville illuminée, les vitrines en fête, les badauds alléchés par des rêves inaccessibles : toute la ville lui appartient.
Elle occupe une place directoriale dans une société importante et ses collègues l'aiment et la respectent : ils lui ont offert des cadeaux de sympathie pour la fin d'année, même le conseil d'administration l'a couverte de louanges.
La société emploie 30'000 salariés, un quart de la ville, c'est pourquoi elle se fait l'effet d'une reine dans ces avenues inondées de monde et de lumière. Ces promeneurs qu'elle aperçoit, au travers des vitres teintées de sa limousine, sont autant de vassaux courbés, un genou en terre, sur son passage. La cité est son fief et transpire son pouvoir. Avec son mari, propriétaire d'autres boîtes aussi importantes, ils forment un couple de demi-dieux. Pourtant, parfois, cette plénitude lui fait peur. Il lui a semblé, l'autre soir, lorsque son mari est rentré plus tard qu'à son habitude, que sa moitié, sa moitié de demi-dieu, exhalait un parfum étranger...
Elle en a fait un océan de larmes, puis elle n'a plus pleuré.
Elle a frissonné sous le vent glacé qui s'est installé dans ses idées, maintenant, elle frémit de ce qui n'est plus.
Sa tête est une masure ouverte à tous les frimas. Les portes et les fenêtres claquent, le bois de la charpente craque. Le toit menace de s'effondrer sous l'éclair de l'évidence : cette bouleversante certitude que les hommes meurent comme les souvenirs...
Un homme blessé aux feux de la passion, discret sous l'usure des sentiments, vient de s'asseoir sans brusquer sa chaise.
Maintenant, il est attablé dans cette brasserie rutilante et il sourit comme on s'excuse à la belle qui lui fait face. S'il est vrai que la douleur rend authentique, c'est homme n'a plus de fleurs à son balcon : il a cédé tout le décorum pour quelques moments de vérité. Cela lui a coûté très cher chez un marchand de paradis, une espèce de vieux barbu juché sur un nuage.
Mais on ne s'étonne plus de rien de nos jours sauf du prix à payer, peut-être...
C'est un jardin secret juché à flanc de coteau. Une explosion de parfums y ravive la mémoire et ranime les souvenirs.
Le promeneur égaré qui y parvient a le sentiment d'avoir remonté le cours du temps en retraversant les contes de son enfance. Il comprend alors qu'il cherchait la maison de la sorcière, confusément intriquée dans ses chimères adultes. Il comprend seulement qu'il est arrivé dans ce lieu en suivant une effluve buissonnière.
Le flâneur connaîtra désormais le chemin de ce jardin secret : c'est en marchant à l'envers qu'il retrouvera l'endroit...
Des lacs de zinc en tâches concentriques étincelaient au bord du monde. Le zigzag du fleuve taillait la forêt luxuriante. Ses eaux s'esquivaient vers nulle part, en complotant dans un murmure.
Quelques brumes éparses affleuraient les cimes verdoyantes... Parfois, les masses nuageuses s'éclataient contre le roc d'une montagne et s'étiolaient en minces rubans diaphanes.
Deux soleils fauves aux sourcils fins apparurent. Une bouche vulnérable s'entrouvrit, impérieuse comme un désir.
J'explore, sans jamais me lasser, le paysage exaltant de son visage
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