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Ecrits divers - Gabriel Saillen

De sa belle mort

Général — Posté par saillen @ 13:38

La vie est  un fruit dont il faut jouir avant qu’il se flétrisse. 

Et la mort lui donne son prix inestimable car le temps est compté. 

Que reste-t il comme richesse alors à la vieillesse ? Aux confins de la vie, poussée vers l’exil de la mort après celui de la solitude? 

Ses vertus sont édifiantes car les personnes âgées nous rappellent ce que nous serons bientôt. 

Savons-nous ce que nous leur devons ? Elles sont restées, alors que d’autres sont parties, en première ligne, nous protégeant sur la liste des personnes dont c’est le tour.  

Et faut-il leur en vouloir quand elles partent finalement, toujours trop tôt, nous poussant sèchement en avant à la place qu’elles occupaient alors. 

Non, car elles ont tenu souvent jusque là par amour pour les leurs et quittent la vie pour la même raison. 

Si nous étions attentifs, nous verrions que les anciens ne meurent pas par hasard, ils sentent le moment propice, ils attendent de revoir les leurs….Ils ne lâchent prise que quand il y a un sens à leur départ.  

Alors ils ne meurent pas, ils s’en vont, tout simplement. 

Ils ont à faire ailleurs.

 

Oser le dire

Général — Posté par saillen @ 21:18

 

Tu es comme une conversation intime entre l’Homme et la nature, et je ne comprends plus la fragile évidence qui distingue ma raison de ma passion pour toi.

                                                      

Tout en toi m’évoque le subtil équilibre dont je rêve depuis toujours : celui de l’amour et de la poésie, car si le premier semble demander raison devant ta folle inconvenance, le second m’affirme que c’est justement ta façon de vivre ta folie qui me séduit dans ses moindres effets et cette valse entre raison et instinct me trouble et me conforte intuitivement dans mon attirance pour toi.


Evolution tardive

Général — Posté par saillen @ 14:13

Dans le cristal de sa pensée, je n’ai vu qu’une amazone enfilant un tablier. 

Dans sa caverne de Vulcain, parmi les soupes et les potages, ma vision fût néolithique. 

Dix mille ans d’histoire de l’humanité faisait barrage devant moi quand je me surpris à me servir dans les plats avec les doigts. 

Elle m’a regardé avec un œil de cyclone 

Alors, comme une pierre très polie, j’entrepris de lui raconter ce que j’avais fait ces derniers millénaires.


Plante carnivore

Général — Posté par saillen @ 17:25

Auteur: Diane Dufour 2007J’ai envie de te dire « Tant va le monde à sa ruine, qu’à la fin il m’échappe ». Enfin tu m’auras compris, un être charmant et effrayant s’est saisi de ma vie et a décidé d'en faire quelque chose à son goût.

Evidemment, tu me connais, je résiste, je ne cède que pour mieux regagner sur un autre front. Mais je ne sais de quel bois est fait ce ludion désordonné, à la fois drolatique et impérieux, car là où je me rebelle, c’est avec une énergie décuplée que le petit être étrange veut m’amener sous sa coupe. Il s’attaque parfois à ma raison, à mon amour propre, à mes croyances, à mes valeurs et même à ma vertu (ou ce qu’il en reste), comme pour mieux m’en vouloir ensuite de n’en avoir aucune… 

Voilà, j’ai entamé un combat tendre et amoureux avec une femme expérimentée et sentimentale, donc extrêmement dangereuse…


Brèves

Général — Posté par saillen @ 12:24

Exposer une idéeL'exalté qui poursuit son idée en oubliant la politesse due aux gens qui l'écoute se retrouve assez vite devant la mesquinerie des hommes qu'il cherchait à transcender. Il y a deux sortes d'homme : les doués d'abstraction et les abstraits de tout don, qui généralement se trouvent moins cons que les premiers et qui, privés d'aspirations particulières, ont tout leur temps pour le dire et s'occupent à le faire savoir. 

L'immortelUne odieuse machination est ourdie contre le genre humain : chacun de nous y passera, c'est biologique, scientifiquement prouvé! Mais la science est inexacte et moi je connais quelqu'un qui n'est toujours pas mort alors qu'il a déjà plusieurs siècles... Bon, j'ai juré que je ne donnerai pas son nom, il y tient absolument. Je vais le voir régulièrement dans l'asile où on l'héberge et il m'a révélé plusieurs autres faits scientifiques qui vous épateraient. J'aimerais bien vous le présenter, mais il le retienne contre son gré dans ce laboratoire secret pour l'étudier. Chaque fois que je lui dit au revoir, il hurle "ils arrivent", vous savez la célèbre phrase de David Vincent dans la série Les envahisseurs de l'espace.

Message de détresse: "je me suis perdu dans un gigantesque supermarché, je ne sais plus si c'est un Mammouth, un Rallye ou un Continent et cela fait déjà plusieurs heures que je marche sans trouver personne pour me renseigner. Le dernier vendeur que j'ai croisé s'est évanoui entre les rayons après m'avoir injurié pour lui faire perdre son temps. J'ai encore de la lumière jusqu'à 19 heures,  j'ai adopté une méthode systématique pour retrouver mon chemin : je laisse tomber des macaronis derrière moi pour marquer mon chemin. A chaque carrefour, je fais des flèches avec de la confiture de cerises. Au secours." Voilà le message que j'ai reçu hier sur mon Email via internet à 18 heures. Les gens sont vraiment de plus en plus inquiétants, moi qui fait mes courses par internet précisément pour m'éviter de tels soucis...


Jour de grève

Général — Posté par saillen @ 16:07

Voilà, on peut dire ce que l'on veut et bien cela ne changera rien à l'affaire, j'ai vraiment les boules...Je suis aller le voir aux urgences du CHUV, il venait de sortir de son coma, il était un brin fiévreux, il faisait penser à un vieux cheval fourbu mais qui s'était tellement emballé qu'il n'arrivait plus à retrouver son calme... Bah, j'ai pensé, faut pas exagérer et je m'accrochais vraiment à cette idée stupide qu'il était vivant... comme si c'était suffisant dans la vie. Il m'a accroché le bras comme la vieille femme folle qui était à l'EMS et qui me faisait peur quand j'étais gamin et qu'on allait voir l'arrière-grand-mère maternelle, celle qui avait des pâtes d'amande dans le premier tiroir de la commode et qui nous faisait toujours croire que c'était un hasard si elles étaient là... Comme elle n'y voyait rien, elle nous demandait tout le temps de vérifier dans ce foutu tiroir et nous, mes frangines et moi, on en avaient rien à fiche parce que ce qui nous sidérait à ce moment-là, c'est qu'ils - l'équipe médicale - la faisaient pisser sur sa chaise.

- Dali est un grand homme! Et il s'y reprit plusieurs fois, il le répéta... presque sur un ton théâtral en roulant en tous sens ses grands yeux jaunes, là je me suis répété: il est vivant, il est vivant, c'est bien, mais je dois bien avouer qu'il y avait un brin d'inquiétude dans mes pensées à cet instant.

Plus tard, il nous raconta des histoire d'aéroports, à moins que ce ne fût d'astroports, je ne me rappelle pas tous les détails, enfin, il avait ses bagages...hein, sa petite valise et sa brosse à dent et il attendait un avion pour le paradis, c'est pas ce qu'il a dit mais c'est ce que j'ai compris et ça ressemblait quand même furieusement à un gars qui avait envie de se faire la belle... Et ces histoires de grèves permanentes qui l'ont empêché de partir, ça devait être en France parce qu'il y avait eu beaucoup de grèves qui l'avaient empêché de partir, merci la France et ses foutues grèves. Moi, à la fin, je ne comprenais plus rien, si il était toujours vivant grâce à la France ou grâce aux médecins... Et pourquoi Dali d'abord? Mystère, à part le fait que Dali avait l'air tout aussi agité du bocal que mon ami qui sortait des vapes.


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